Tranche de métro
Peut-être l’avez-vous déjà rencontré. Visage émacié, dont chaque angle exprime la colère, des yeux qui roulent, blancs sous l’ocre d’une crasse homogène. Il donne de grands coups, retient la porte de la rame, joue avec la manette d’alarme pour affirmer la toute-puissance de sa colère, prend à parti l’anonyme voyageur.
Un groupe de jeunes Indiens fraîchement embarqués le voient, observent sa saleté. Puis rient en choeur de son criant naturel. Il se sent exister dans leur attentive moquerie et éclate de rire à son tour. Il exhibe ses mains et ongles sales, en riant plus encore: “Rions ensemble, regardez mes mains sales”. L’éphémère complicité illumine son visage — mais au fond des ses yeux, sous les sillons de son visage hilare, point la tristesse immense.