Farandole de monopoles
Au sujet de l’édito d’Ignacio Ramonet du Monde diplomatique où il est dit que : “L’hégémonie sur Internet donne aux États-Unis, en théorie, le pouvoir de limiter l’accès à tous les sites du réseau dans quelque pays que ce soit. Ils peuvent aussi bloquer tous les envois de messages électroniques de la planète. Jusqu’à présent, ils ne l’ont jamais fait. Mais ils ont la possibilité de le faire. Et cette simple éventualité inquiète au plus haut point de nombreux pays (2). Le temps est donc venu de réclamer que l’Icann cesse d’être sous contrôle de Washington. Et devienne enfin un organisme indépendant relevant des Nations unies.”
…
notre cher Bernard Lang écrivait en réponse ce qui suit, en faisant un lien avec ce que fit France Telecom en empêchant l’INRIA de faire évoluer les choses :
“Vinton Cerf (à qui l’on attribue l’invention de l’Internet) a aussi reconnu publiquement la contribution de Louis Pouzin (INRIA) à cette technologie. Son projet Cyclades, qu’il développait à l’INRIA, a été remisé grâce aux amicales pressions de France-Telecom, qui ne souhaitait pas voir son hégémonie remise en cause sur les télécoms.
On a donc eu le minitel, ce qui n’était pas une si mauvaise chose à l’époque. Mais fondé sur des standards totalitaires entièrement sous le contrôle de FT (ce qui n’était que la continuation d’une ancienne politique concernant tous les appareillages, et non fondée techniquement).
Vers 1980, l’INRIA aurait pu se brancher sur le réseau Arpanet (ancêtre de l’Internet) ce qui était important pour la recherche. Veto du monopoliste d’état FT (qui était un état dans l’Etat).
Conclusion : La constitution a raison.
Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité.
Mais … il faut bien comprendre et séparer les composantes :
Il est important d’avoir un service public pour les infrastructures, notamment de réseau. Mais il faut au contraire ouvrir le plus possible, par la réglementation et par les standards ouverts, tous les services à valeur ajoutée utilisant ces infrastructures.
Privatiser la production d’electricité peut avoir du sens (cela dépend du mode de production). Privatiser les lignes est une stupidité politique et économique (aucune concurrence possible). Idem pour les infrastructures de communication électronique ou les autoroutes.
Et il faut que la loi impose la séparation des activités économiques de développement des infrastructures et d’utilisation de ces infrastructures, que ce soit sous contrôle public ou privé.”