Terminotrollie informatique

La terminologie informatique est “infixable” :-) L’usage, alchimie mystérieuse, est en ce domaine contraint par des paramètres particuliers : étymologies anglaises, ayant pour conséquence le traitement des acronymes comme des noms propres souvent, foule de noms propres de programmes qui tendent à finalement, dans la façon dont ils sont utilisés, être traités comme des noms communs, le passage de l’indénombrable au dénombrable, etc.

Gimp ou the GIMP ou le GIMP ? L’internet ou l’Internet ou Internet ?
Deux cas proches et pourtant je penche pour deux solutions contraires. Pour GIMP, acronyme, je penche pour laisser tomber l’étymologie et en faire un nom propre normal. Mais voyons les essais suivants :

“J’adore faire des retouches avec Gimp !”
“As-tu installé GIMP ?”
“The GIMP, quel programme génial !”

Le “The” ne marche pas c’est sûr en français. Un “Le” de remplacement est horrible parce que l’étymologie n’apparaît pas. Ou alors il y a connotation comme dans “la Marie”. Donc on est bien face à un nom propre. Pour l’euphonie, je pense qu’il vaut mieux baisser les caps pour alléger.

The GNU Image Manipulation Program (GIMP)’s authors insist that their software should be called and written “GIMP” (caps) . Advocacy for tolerance about calling this wonderful software “Gimp” instead of “the GIMP” : Please let the name Gimp become a word people can make their own, one that they use as the words chocolate or sunrise, one that they encounter in their daily life and is part of their universe. In French, it pronounces Gimp and not G.I.M.P. Will the acronym fade away ?
And by the way… for words… like ideas… can anyone claim to possess them ?

Pour l’Internet, je penche pour garder l’article afin de conserver la conscience de l’étymologie “le réseau de réseaux” en conservant la majuscule qui institutionnalise. Mais voyons les essais suivants :

“J’admire ceux qui ont inventé et mis au point les protocoles de l’Internet”
“Internet c’est une révolution”
“Je n’ai pas de connexion internet”
“Quand t’es-tu connectée à l’internet pour la dernière fois ?” (le terme “connexion” seul porte de plus en plus souvent l’implicite qu’il s’agit de connexion à l’Internet)

Héhé, pas simple hein ?

Bien entendu, rien de normatif dans tout ça, mais il est bon de s’interroger parfois, car il n’est pas dit que certains usages ne puissent être “optimisés”…

11 commentaires pour “Terminotrollie informatique”

  1. nat dit :

    les créateurs décident => explorer http://www.gimp.org/. c’est un peu le bordel car le nom de domaine ne contient pas le ‘the’ (probab par paresse, de plus thegimp.org est à présent squatté) tandis que le frontispice et les premiers paragraphes laissent supposer que son nom est bien ‘the GIMP’, ms la suite du doc de garde montre un peu de relâchement (’GIMP’ sans article). je suppose que son nom est ‘the GIMP’ et qu’en pratique le gros des auteurs n’attache pas beaucoup d’importance à la présence de l’article

    le cas de l’Internet est, faute d’auteurs bien définis, plus délicat. en pratique j’ai l’impression que tte forme semble recevable. Vinton Cerf (et afaik plusieurs autres autorités) emploient ‘the Internet’ et ‘Internet’. l’Académie Fr recommande “l’internet” et je préfère “l’Internet” (article défini car il n’y en a qu’un, majuscule car c’est également un peu toponymique)

  2. Muriel dit :

    Nat, les créateurs décident mais ne peuvent ensuite contrôler l’usage qui est fait du nom. Le lien entre un mot et ce qu’il désigne n’appartient à personne ou plutôt appartient à chacun. Si des gens veulent utiliser Gimp pour désigner leur logiciel favori, qui peut les en emêcher ? Le droit des marques - que je ne connais pas bien - a pour moi un petit côté pervers en cela. D’ailleurs une bonne marque contourne ce problème et s’adapte à l’usage plutôt que l’inverse. Il me semble que le patrimoine de l’image de marque, associé au nom, doit plutôt être garanti par la sacro-sainte Qualité. Et cela doit suffire. Maintenant évidemment, il ne faudrait pas détourner le nom de Gimp, en parer un autre logiciel moins bon pour usurper sa renommée.
    (Je reste sur le fond scandalisée par les (r) et autres choses barbares. Mais ça mérite d’être creusé, je ne suis pas assez au courant des ces choses.)
    Bon j’avoue, j’adore ce genre de discussions :-) ))

  3. michel v dit :

    Petite remarque sur le i majuscule d’internet : les anglophones l’ont laissé tomber.
    Pour GIMP, le dire avec the ou pas n’est pas si important. Par contre, dire « Gimp » est un peu plus fâcheux, puisque “gimp” est un mot anglais à connotation très BDSM…

    (Et en passant, petite remarque : devoir s’authentifier pour commenter, c’est très lourd. Pourquoi ne pas installer un plugin antispam comme SpamKarma ou Akismet ?)

  4. nat dit :

    > les créateurs décident mais ne peuvent ensuite contrôler

    si (droit des marques, tu y pensais)

    ms en pratique j’en appelle davantage au bon sens et à la bonne foi (sans lesquelles il devient difficile de communiquer) qu’à la réglementation

    > Le lien entre un mot et ce qu’il désigne n’appartient à personne ou plutôt appartient à chacun

    bon sens : un nom est une convention. il est donc d’autant plus utile qu’universellement respecté je peux décider d’utiliser ‘blimblambloum’ en lieu et place de ‘réveil’. cela compliquera pas mal de choses sans rien apporter, n ? donc mieux vaut ne pas le faire

    bonne foi : puisque quelqu’un doit décider aussi vite que possible du nom qui est plus à même de le faire que l’auteur ?

    > Si des gens veulent utiliser Gimp pour désigner leur logiciel favori, qui peut les en emêcher ?

    leur bon sens et bonne foi, encore que le cas de ‘the GIMP’ est assez cool puisque manifestement les auteurs se moquent de la troncature et que cette dernière ne réduit pas la précision (spécificité) du mot

    > Le droit des marques - que je ne connais pas bien - a pour moi un petit côté pervers en cela

    cela porte plutôt sur les aspects industriels et commerciaux, à mon sens hors de notre propos

    > D’ailleurs une bonne marque contourne ce problème et s’adapte à l’usage plutôt que l’inverse

    les meilleures forgent l’usage

    > Il me semble que le patrimoine de l’image de marque, associé au nom, doit plutôt être garanti par la sacro-sainte Qualité

    tu penses là au gisement que le nom recouvre. c’est orthogonal. un projet peut accoucher d’un ‘produit’ super (qualité) alors même que son nom n’est pas fixe-unique et fermement établi (d’une certaine façon the GIMP comme l’Internet relèvent de ce cas), ou bien d’un produit merdique avec une super ‘marque’ (je ne citerai pas d’exemple ms l’industrie de l’IT en regorge), d’un produit merdique sans marque (cas de nombreux trucs publiés par ex sur Sourceforge) ou enfin disposer d’une bonne ‘image de marque’ (bien identifié, bonne réputation)

    > Je reste sur le fond scandalisée par les (r) et autres choses barbares

    tu en bénéficies pourtant. imagine par ex qu’un farceur diffuse des bouquins nazes en utilisant le nom d’un éditeur connu

  5. Muriel dit :

    Argh, je viens de perdre un long commentaire… :-/
    Nat: [précaution oratoire pour la discussion non pour toi mais pour d’autres, on ne sait jamais ;-) : je ne conteste en aucune façon le droit moral d’un auteur, ni n’ai dit qu’il fallait à toute force imposer d’écrire Gimp mais juste que cela semblait raisonnable en français et qu’il était plutôt bon signe que les gens soient tentés de le faire, et aussi merci merci merci aux auteurs de Gimp ou GIMP comme vous voulez pour ce logiciel génial] .
    L’auteur ne peut forcément prévoir l’effet, sur le nom qu’il a choisi, de l’immersion dans une langue et un tissu de conventions donnés. C’est tout ce que je voulais dire, es-tu d’accord là-dessus, qu’on ne peut complètement faire abstraction de l’usage ?
    En passant, obliger à écrire XXX(r) confine à un totalitarisme redoutable.
    Évidemment, j’ai bien dit que la chose à craindre est l’usurpation et il me semble que ce devrait être la raison d’être du droit des marques (ms encore une fois n’ai pas creusé la question).
    Michel : argh, la connotation de “gimp” en anglais est embêtante ! Pour le “i” de “internet”… ils sont sans doute en avance sur nous :-)

  6. nat dit :

    > L’auteur ne peut forcément prévoir l’effet, sur le nom qu’il a choisi, de l’immersion dans une langue et un tissu de conventions donnés. C’est tout ce que je voulais dire, es-tu d’accord là-dessus

    bien entendu

    > qu’on ne peut complètement faire abstraction de l’usage ?

    qui est ‘on’ ? l’auteur de ce qui est nommé ?
    il fait bien entendu abstraction de l’usage ds une tonne de langues et de cultures dt il ignore tt, et n’a pas à s’en soucier

    àma bon sens et bonne foi doivent t’inviter fortement à strictement respecter le nom auquel l’auteur tient mm si c’est malpratique ds ta langue-culture (difficile à consigner sous la dictée ou à prononcer, chargé d’autres acceptions …). dc si le nom de baptème du programme était “the GIMP” je l’écrirais tjrs ainsi (again: ‘the GIMP’ n’est pas un bon exemple car les auteurs tolèrent manifestement la troncature). de mm s’il était baptisé ‘Konheri’ ou autre du mm tonneau

    ns traitons là d’un choix : employer la forme la plus proche possible du nom décidé par l’auteur (au pire au prix d’une translitération) ou bien le négliger et adopter un autre nom

    exemple : ton patronyme n’est ni prononcé (comparer avec ce qu’un chinois lirait) ni orthographié (après dictée) correctement par le plus gros des francophones, m’autorises-tu à t’appeller dorénavant ‘Machinetruc’. c’est plus facile à lire, à énoncer et à écrire sous la dictée dc respecte mieux le contexte culturel ds lequel tu évolues, n ? on ne serait pas rendus …

    > obliger à écrire XXX(r) confine à un totalitarisme redoutable

    je n’y vois qu’un moyen concis d’ACK la propriété de la marque

  7. jop dit :

    Mes 2 cents :
    un auteur est libre de propager et d’accépter le nom qu’il veut, cependant, on voit des choses se bâtir, je pense entre autre à OpenOffice.org, car openoffice était déjà pris. De même, la fondation mozilla demande à ce que l’on utilise mozilla-firefox et mozilla-thunderbird et non pas firefox et thunderbird. J’en conclus donc que pour un logiciel, sauf indication de l’auteur, on devrait éviter de traduire. Cela serait comme traduire “little indian” et “big indian” (chose que j’ai faite dans ma jeunesse, j’avoue :p)

  8. Muriel dit :

    Nat et jop : à mon avis la question est de savoir si les majuscules font ou non partie de la syntaxe ou si des auteurs peuvent s’approprier cela comme moyen distinctif. Je suis évidemment pour que les majuscules gardent leur statut syntaxique. Capitale à un nom propre. Majuscules pour des sigles, majuscules pour des acronymes. Dans le cas de Gimp, j’ai l’impression à l’usage que les gens l’utilisent comme un nom propre, le nom propre d’un programme chéri.
    Il ne faut pas diaboliser cela, il n’y a aucune malhonnêteté ni mauvaise foi. Si de nombreux utilisateurs transforment _sans s’en rendre compte_ la graphie d’un nom (il ne s’agit ici que de majuscules !), de même que certains sons de langues étrangères ne peuvent être entendus par une oreille qui n’a pas formé les mécanismes de reconnaissance des motifs correspondants, ce n’est pas par malhonnêteté (le mot est fort et fait glisser la discussion sur un terrain peu constructif) mais parce que l’usage fait qu’ils absorbent dans leur langue.
    Et encore une fois, il ne s’agit certainement pas de violer le droit moral d’aucun auteur !

  9. Cricou dit :

    Tous ces échanges sur la toile : à l’air libre, sous un ciel molletonné d’étoiles, ou bien enfermés derrière des murs et enchaînés de câbles RJ45 ?
    Et bien moi je scande : “Vive-le-WI-FI ! Li-bé-rez… les-blo-gueurs !”

    Ah ? ce commentaire est hors sujet ? Zut alors…

  10. Muriel’s blog » Archive du blog » Terminotrollie informatique : suite et fin (digest) dit :

    […] teurs, voici un résumé que Nat et moi avons mis au point pour vous, afin que les longues discussions précédentes aient une éventuelle utilité. Rappel du problème : il s’agissait de l […]

  11. Muriel dit :

    Une tentative de résumé de la discussion se trouve ici.

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