Téméraire

Porte de Bagnolet. BMW à vitres teintées, feu vert, contrarié par une piétonne obtue : coup de klaxon agressif. Dans l’instant la piétonne entend l’insolente opulence. Elle s’octroie alors un luxe insensé, comme ceux qui n’ont rien à perdre : une décoche au carosse pour faire écho sans bosse. Crissement de pneus, arrêt net. Témérité ? Lucidité ? Elle se précipite sur la portière avant, l’ouvre et dit “le feu n’était pas rouge !”. Sort en trombe un géant patibulaire, en rage, qui contourne la voiture et se précipite sur elle. Ô vitale symétrie : elle aussi, attaque pour planter son visage à deux centimètres du sien. (Voyant le poing s’armer, elle s’autorise une fugace pensée “je n’avais jamais reçu de coup de poing”.) L’homme est stupéfait. Quelle audace ! Ou plutôt… est-il d’une folle ce regard clair ?

“Montez dans ma voiture que je vous mène à la police”. “Que non, à pieds j’irai !”. Plus loin, près d’un commissariat caméléon camouflé dans la grisaille. Elle ne voit nul adversaire, sinon la rutilante ; et affalés dessus, un groupe d’adolescents à mine de dealers. “Où est l’homme ?”. Ils ne savent, disent-ils. “Cessez de mentir ! où est-il ?”. “Là”.
Survint une bien étrange scène : un brigand intrigué sermonnant une follette.

Un commentaire pour “Téméraire”

  1. Thomas dit :

    Ton opus a un goût d’oulipo. On dirait qu’il y a là un motif non-dit… Tout ici sourd d’un contraignant travail : rang compact, vingt (ou plus) mots choisis vont aboutir au show final. Du grand art.

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