TGV de Noël
Le mercredi 31 décembre 2008 à midi, dans un wagon plein de gens fatigués partant le coeur léger, un digne et équanime ivro-dandy en perpétuel état de réveillon propage avec un peu d’avance l’odeur aimée de sa sainte bière. Digne, c’est sûr, car lié au monde par sa montre, gage d’irréprochable ponctualité, qu’il consulte régulièrement non sans légère hésitation : est-ce là l’heure véritable, ou bien en est-ce une fausse — qui expliquerait cette étrange impression de décalage d’avec le monde ?
Les témoins extérieurs à ses questionnements l’épient avec indulgence. Il offre un irrésistible appel à sourire, force la complicité entre voisines. L’inconnue, à quelques centimètres, vit depuis vingt ans dans le pays le plus lointain et étranger pour ne cesser de réchapper de sa tragique histoire, qu’elle déroule à la hâte comme une pelote-fardeau, juste avant de quitter le train. Oui, l’histoire est incroyable — fût-elle “croyable”, le monde serait différent.