Two gentle people
Deux êtres sensibles
Ils restèrent longtemps assis sur un banc du parc Monceau sans s’adresser la parole. C’était une journée pleine de promesses, un prélude à l’été ; de fins nuages blancs s’étiraient dans le ciel, poussés par un vent timide. La brise aurait pu tomber à tout moment pour dévoiler l’azur pur du ciel — mais il était trop tard déjà, le soleil serait couché avant.
Avec quelques années de moins, les conditions auraient été réunies pour une rencontre amoureuse, cachés qu’ils étaient par le flot incessant de poussettes. Mais plus tout jeunes déjà, ni l’un ni l’autre n’entretenaient la vaine nostalgie d’une jouvence perdue — quoique lui portât plus beau qu’il ne croyait, avec sa soyeuse moustache à l’ancienne arborée tel un gage de bonne conduite, et qu’elle fût plus jolie que son miroir ne lui laissait croire.
Leur modestie et leur désillusion les rapprochaient ; même séparés par un mètre de métal vert, on les aurait cru un vieux couple marié ayant fini par se ressembler avec l’habitude. Des pigeons, telles de petites boules grises roulant à leurs pieds, allaient et venaient sans qu’ils y prêtent attention. L’un et l’autre jetaient parfois un oeil à une montre, sans jamais se regarder — pour l’un comme pour l’autre, ce moment de quiétude et de paix était compté.
Traduction libre (très) et du début de “Two Gentle People”, Graham Greene (collected short stories). Commentaires et critiques bienvenus